Dur, la vie d'artiste?

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Lorsque l’on demande à un enfant ou un adolescent ce qu’il aimerait faire plus tard et que l’enfant répond : dentiste, avocat, docteur, pompier, policier ou même coiffeur, il reçoit l’approbation générale des adultes. Le seul conseil qu’il pourra recevoir alors, c’est de bien travailler à l’école car les études pour exercer ces professions sont, pour certaines, longues et difficiles. Dans tous les cas, il sera encouragé dans son choix, quelqu’il soit.


Mais que cet enfant ou cet adolescent réponde : je veux être musicien, artiste peintre, sculpteur, souffleur de verre, fabricant de paniers, écrivain, illustrateur de bandes dessinées, cracheur de feu, trapéziste ou encore acteur de théâtre ou de cinéma..... invariablement, il entendra ces « sages conseils », précédés peut-être d’un « je ne veux pas te décourager, mais... » (ce qui, soit le découragera définitivement, soit au contraire, lui donnera tout le courage nécessaire pour s’affirmer dans ses choix et continuer à vouloir les vivre... ;-)

 

- Tu sais, c’est dur la vie d’artiste...

- Tu sais, c’est dur de percer dans ce domaine...

- Tu sais, ceux qui réussissent là-dedans sont ceux qui ont été aidés par des gens haut-placés... 

- Tu sais, il y en a déjà tellement qui essaient de réussir là-dedans...

- Tu sais, il faut avoir beaucoup de talent pour réussir dans ce créneau...

Et la plus cruelle...

- Tu sais, c’est très joli ce que tu fais, mais de là à en vivre...

 

Les avez-vous déjà entendus ces phrases terribles? Moi, oui!
Bien sûr, aucun parent, professeur ou autre adulte dans l’entourage de l’enfant ou de l’adolescent qui prononce ces mots ne veut lui faire de peine, ni le décourager, ni remettre en cause ou douter aucunement de très réels talents artistiques chez l'enfant, ces paroles visent simplement à le prévenir contre des déceptions futures, à ouvrir ses yeux sur les nombreuses difficultés et obstacles qui le guettent et, consciemment ou inconsciemment, à lui faire changer d’idée et opter pour un meilleur avenir. Un avenir plus sécurisant qui lui apportera, à tout le moins, un revenu stable et régulier.


Il y a pourtant certaines vérités dans ces phrases :
C’est dur, la vie d’artiste? Oui!, c'est dur! C’est dur de se faire connaître et reconnaître, c’est dur de sortir et rester hors de l’eau dans l’océan des créations multiples et infinies où des milliers d’autres, comme nous, nagent, surnagent et essaient de réaliser leurs rêves, eux aussi. C’est dur pour bien des raisons, aussi diverses qu’il y a de diversités dans le monde de la création, aussi diverses qu’il y a d’esprits créateurs dans ce monde, aussi diverses qu'il y a de goûts de chaque individu.


Une de ces raisons, majeure, est, notamment, celle de plaire! L'artiste ne crée pas pour plaire. L'artiste crée avant tout pour son propre bonheur, son propre bien-être, sa seule évasion, sa seule liberté. L'artiste crée son propre univers pour sa seule satisfaction. La créativité de chacun que ce soit par les mots, les notes, les couleurs, les formes, les diverses et multiples expressions que le monde de l’Art peut lui donner à exprimer et qu’il apporte en retour au monde de l’Art, est unique à chaque créateur et chaque création peut faire vibrer une corde, une émotion, un sentiment très fort d’amour et d’attachement dans l’esprit et le coeur de quelqu’un qui va l’aimer profondément et aucune dans un autre esprit pour qui cette créativité ne lui procure aucun sentiment ou une indifférence certaine ou encore un sentiment de malaise, voire même de dégoût.


La deuxième raison majeure découle de la première et c'est celle de vendre ou de "se" vendre. L'artiste ne crée pas pour vendre ses créations mais il aimerait en vivre.  Dans un monde idéal, si le boulanger vit de son pain, l'agriculteur de ses tomates, la couturière de sa machine à coudre, le banquier de votre argent, il serait logique que l'artiste vive de ses créations, donc les vende. Il lui faudra donc trouver les personnes à qui plairont ses créations. Et pour les trouver, il lui faudra se montrer, s'exposer, "se vendre" et recommencer encore jusqu'à être un peu connu, puis connu, puis reconnu.

 


Dur, la vie d'artiste? Oui, c'est dur.


Pourtant... est-ce plus dur que de se lever au milieu de la nuit pour être à l’usine à 4 h du matin? Est-ce aussi dur que de travailler comme caissière ou vendeuse, 40 heures par semaine, au salaire minimum et avoir à nourrir ses enfants correctement? Est-ce aussi dur, peu importe le métier que l’on exerce, de continuer à le pratiquer chaque jour, pour des raisons purement financières, alors que celui-ci ne nous plaît plus, qu’on n’en veut plus, mais qu’on n’a pas encore eu le courage de sauter dans le vide pour enfin apporter un changement à sa vie? Est-ce plus dur que de travailler sous la pression permanente du rythme effréné de ce monde dans lequel nous vivons? Est-ce aussi dur que de devoir être tout le temps à la hauteur des exigences et des délais imposés par d'autres? Est-ce plus dur, enfin, que d'exercer n'importe quel métier d'où la passion et le désir sont exclus?
Est-ce aussi dur, surtout, que d'être à la merci constante de ces deux petites aiguilles qui nous imposent leurs rythmes, sans répit, dans le tic-tac incessant d'un temps duquel nous sommes esclaves?


Non! Aucunement! Parce qu’aussi dure que puisse être la vie d’artiste et son plein accomplissement et aussi cahoteux et incertain que puisse être le chemin qui mène à la réussite, le bonheur et la plénitude que la création apporte à chaque créateur sont absolument uniques et irremplaçables! Ce sentiment intense de communion avec l’univers et la joie qui en découle au moment de la création sont les récompenses inespérées de celui qui a choisi de suivre la voie de son coeur, l’expression de son âme, la volonté de son être pleinement épanoui, en dépit de tout, envers et contre tous.


Et ce bonheur-là n’a pas de prix. Ou plutôt si, il en a un : celui de passer pour un marginal, une rêveuse, un inconscient... Avez-vous remarqué combien, de tous temps, les artistes ont été mis de côté, comme une sorte de race bizarre, de gens un peu fous, ludiques, peu sérieux, vivant dans un monde étrange duquel il fallait se tenir éloigné?


Moi, j’en fais partie de ce monde étrange et bizarre et j’en suis heureuse... car dans cet univers particulier, il y a des artistes qui ont réussi leur vie d’artiste : ils ont réussi à vivre de leur art, ils ont réussi à exprimer pleinement qui ils sont à travers leurs créations. Ils sont pour tous les artistes des modèles à suivre, des messages d’espoir et d'encouragement.


En fait, la passion, dans tous les domaines où nous nous exprimons complètement, devrait être notre seul guide et notre seul maître, s'il doit y en avoir un.
C'est elle qui répond à nos besoins les plus profonds et les plus importants. C'est elle qui nous permet de nous dévoiler, de nous accomplir, être pleinement qui nous sommes et par là même, de donner le meilleur de notre être au monde.
Car une personne qui vit et agit sans passion n'est pas entière, pas totalement heureuse, n'est pas pleinement elle-même, tout comme la personne qui connaît mais qui se refuse à faire éclore sa passion, la laisser se développer et l'encourager à vivre pleinement en elle et autour d'elle. Par peur du jugement, par peur de l'inconnu, par peur de perdre une certaine sécurité dans un cocon, un monde connu et rassurant, certains ne feront jamais le saut...


Pourtant, notre passion, notre besoin de créer, notre volonté d'être nous-même, entièrement, pleinement est la seule que nous devons respecter, le seul chemin que nous devons suivre. Notre âme profonde cogne à la porte de notre raison pour lui dire son urgence de sortir, de s'exprimer, son besoin immense d'être libérée!


Il faut l'écouter! Et permettre à nos enfants d'écouter et d'exprimer la leur, c'est seulement comme ça que le monde sera plus heureux!


Un exemple: je déteste la mécanique, mais mon petit voisin en est passionné... bien sûr, ses parents préféreraient le voir devenir avocat ou dentiste... mais lui, il adore les moteurs, les transmissions, les arbres à cames, bref tout ce bazar dégoûtant... Ses parents pensent qu'en choisissant un autre métier, il s'assurera un meilleur avenir... Pas si sûr!! Parce qu'il gagnera aussi bien sa vie qu'un avocat ou un dentiste! Pourquoi? Parce que bientôt, il n'y en aura plus assez, il sera un des rares à avoir choisi ce métier rebutant (pour moi mais passionnant pour lui) et surtout parce qu'il vivra sa passion et que sa passion le fera vivre, tout simplement! Donc, sur tous les points il sera gagnant!


Ce petit voisin, on en a tous un. Il faut l'encourager dans ce qu'il aime vraiment, c'est là, sa meilleure chance de réussite et de vrai bonheur! Alors, la prochaine fois qu'un enfant ou un adolescent vous dira: "je veux être musicien, artiste peintre, sculpteur, souffleur de verre, fabricant de paniers, écrivain, illustrateur de bandes dessinées, cracheur de feu, trapéziste ou encore acteur de théâtre ou de cinéma...", laissez-le libre de son choix et encouragez-le à surtout faire ce qu'il aime vraiment!


Car exprimer et vivre pleinement, complètement et intensément ce que l'on est vraiment au fond de soi est bien le plus beau cadeau qu'on puisse faire à notre coeur, la plus belle ouverture que l'on puisse faire à notre esprit, le plus beau souffle d'amour que l'on puisse insufler à notre âme, la plus grande des libertés que l'on puisse donner à notre être. C'est le plus bel accord, la plus belle harmonie, le plus délicieux des bonheurs et le plus grand des honneurs que l'être humain puisse offrir à l'Univers!

 

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21/01/2013
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